Le Projet du Centre social autogéré (PDF et page)

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L'avenir est entre nos mains...


Face à l’extension continue de la misère économique, sociale et politique et au
désengagement des États, les peuples découvrent qu’ils doivent se débrouiller par eux-
mêmes et se donner la main. Les centres sociaux autogérés émergent comme une nécessité :
nous avons besoin de lieux libres et gratuits pour nous loger, nous organiser, inventer des
modes de vie égalitaires et poser les bases d’une émancipation collective. D’autre part,
dans les pays dominants, la spéculation et la privatisation laissent vides et inutilisés de
plus en plus de bâtiments. Nous, le CREA, avons réquisitionné un immeuble appartenant au
ministère de la cohésion et des solidarités (sic !), abandonné depuis 2 ans et situé 70, allée
des Demoiselles à Toulouse. Avec l’aide des habitants du quartier, de travailleurs sociaux
en lutte, de militants et de passants, nous l’avons réaménagé pour qu’il puisse accueillir
des familles à la rue, les membres du collectif et toutes sortes d’activités libres et
gratuites en direction du quartier et de la ville. Nous y vivons désormais à près d’une
quarantaine, de tous les âges et toutes les régions du monde. Nous accueillons une
dizaine d’associations, d’ateliers et de collectifs, sans rien coûter à personne car nous ne
demandons aucune subvention. Nous y inventons, ensemble, un petit bout d’une autre
société, basée sur la mise en commun, le partage, l’entraide et la solidarité.

 

Le Centre social autogéré a pour objectifs généraux de :
▶ participer à la réappropriation de nos vies et de nos villes
▶ nous aider à Lutter et à nous organiser contre toutes les formes de
misère et de domination (capitalisme, racisme et sexisme)
▶ favoriser la création d'espaces populaires, de partage des savoirs et
d'entraide
Il a pour objectifs plus particuliers de
▶ Réquisitionner des lieux vides pour loger des familles et des
précaires
▶ Inventer des pratiques de vie collective basées sur l'égalité et
l'autogestion
▶ Accueillir des activités culturelles et sportives, libres et gratuites.

 

Face à la misère, seule la lutte paie

 

Depuis plusieurs années, les membres qui composent le CREA cherchaient, avec
d'autres, un lieu qui permettrait de créer un centre social autogéré sur Toulouse.
Le 31 mars 2011, les travailleurs sociaux du Groupement pour la défense du travail
social (GPS) décidaient d'occuper la cathédrale Saint-Étienne afin de dénoncer la
fermeture de plusieurs structures d'hébergement accueillant les personnes les plus
fragiles, faute de budget pour pouvoir fonctionner. Ils ont été expulsés par la police
quelques heures plus tard et la préfecture est restée sourde à leurs revendications.
Le 20 avril 2011, ces mêmes travailleurs sociaux ont durci le ton en réquisitionnant
une partie des anciens locaux de l'AFPA, situés 4 bis rue Goudouli à Toulouse. Ils
appartenaient au Ministère de la cohésion sociale et des solidarités qui les laissaient
vides et inutilisés. Ils hébergent actuellement 25 personnes dont l'état de santé et de
dépendance nécessitent une mise à l'abri immédiate. Rappelons que 22 « grands précaires »
sont morts cette année ! Il était donc urgent de les loger mais les revendications du GPS
concernent également l'ensemble des personnes à la rue. Pour ces travailleurs en lutte,
l'État ne remplit pas ses engagements d'offrir un toit à tous.
Ce mouvement a rallié de nombreux sympathisants, dont les membres du CREA. Nous
avons proposé, lors de la deuxième Assemblée Générale, d'occuper la seconde partie des
locaux de l'AFPA, un immeuble de 5 étages situé au 70 allée des demoiselles. Nous avons
présenté le CREA et notre projet de centre social autogéré qui accueillerait des familles
avec enfants. Cette initiative a été adoptée, saluée et encouragée. Nous avons commencé à
nous installer dès le 23 avril et à accueillir les premières familles et individus précarisés.
Des appartements, des lieux de vie collective et des espaces d’activités ont été aménagés.
Pour pouvoir nous expulser, l'état, via le préfet de la Haute-Garonne, Henry-
Michel COMET, a assigné nominativement 5 personnes identifiées sur le lieu, au Tribunal
administratif de Toulouse. Le mardi 10 mai 2011, son représentant a expliqué que nous
devions retourner à la rue, parce que ces locaux ne seraient pas conformes à « l'hygiène et
la sécurité » et que l'Etat avait des projets de rénovation. Le dossier et les arguments de
l'etat étaient vides. Au point que le juge a rejeté la requête du préfet et nous a donné
raison en décrétant qu'il n'y avait pas urgence à nous expulser et qu'il n'existait pas de
preuves de projet concret pour ce lieu. Nous avons ensuite rencontré Mme Touchefeu,
adjointe au maire chargée de la solidarité et de la politique de la Ville afin de lui
présenter notre projet et lui demander le soutien de la mairie lors du prochain procès.
Aucun engagement clair ne nous fut donné.
Nous avons ensuite été reçus, avec le GPS, par la préfecture. Les échanges ont été
assez houleux et n’ont débouché sur aucune solution. La secrétaire générale ne proposant
que 3 jours d’hôtel pour 3 familles, afin que nous quittions les lieux. Nous avons répondu
qu'il fallait trouver des solutions pour que plus personne ne soit obligé de vivre dans la
rue. Le GPS a, quant à lui, pu défendre son projet finalisé le 31 mai lors d'une table ronde à
la préfecture : "Projet d'habitat adapté au centre ville de Toulouse pour les personnes en
situation de très grande précarité".
Depuis, l'aventure du centre social autogéré continue !

 

S'organiser par nous-mêmes

 

▶ L'accueil des familles et des membres du collectif
Le CREA accueille les familles sur trois étages (2 ème, 3ème et 4ème) où elles peuvent s'
installer librement et gérer entre elles la répartition des espaces. À leur arrivée, les
familles rencontrent les membres du collectif qui leur présentent le lieu, le projet et les
règles établies jusque-là pour mieux vivre ensemble. Les familles présentent à leur tour
leur histoire, leur situation économique, sociale, administrative et médicale ainsi que
leurs aspirations.
Chaque famille dispose d'un appartement avec le mobilier nécessaire pour son
confort (lits, armoires, tables, chauffage.....). Elles n'ont aucune obligation sur les
horaires d'entrée et de sortie dans le respect de la vie de tous les habitants.
Chaque famille peut, si elle le demande, être accompagnée dans certaines démarches
relatives à la scolarisation des enfants et à la régularisation de leur situation
administrative.
La scolarisation des enfants
En raison du contexte, les familles sont souvent non francophones et ne parlent
pas ou peu l’anglais. Elles connaissent rarement les démarches nécessaires pour assurer la
scolarisation de leurs enfants, dont certains doivent passer par des classes d’adaptation.
Par conséquent, des habitants ou des personnes extérieures accompagnent les parents
dans ces démarches pour que les enfants reprennent le plus rapidement possible le chemin
de l'école. Dans l’attente de la scolarisation des enfants et parce qu'il faut aussi
inventer d'autres manières de créer et transmettre le savoir, le CREA organise deux fois
par semaine des cours d’alphabétisation et de soutien pour les enfants et les parents qui
le désirent.
La situation administrative des familles
Certaines familles sont en situation de demande d'asile ou dans une procédure
d'obtention d'un titre de séjour. Dès leur arrivée, un point est fait avec les habitants du
collectif. Pour que les familles puissent au plus vite accéder à leurs droits, la permanence
juridique entame les démarches avant de passer le relai à la CIMADE et à des avocats
spécialisés sur ces questions et qui travaillent en partenariat avec le CREA .
L’accueil des membres du collectif
Le 1er étage est dédié aux membres du collectif qui disposent chacun d’une chambre
individuelle avec le confort nécessaire à leur épanouissement personnel. Pour assurer la
logistique, l’organisation et la communication le CREA a aménagé une salle de travail
commune avec plusieurs ordinateurs, une imprimante et une connexion internet. L’accueil
des membres du collectif est basé sur l’investissement dans le projet et n’a pas vocation à
suppléer à l’absence de solutions existantes pour les personnes en précarité.
▶ L’autogestion collective du lieu
La vie au sein du bâtiment est organisée pour que des dynamiques collectives,
interculturelles et intergénérationnelles puissent prendre vie. Ces dynamiques se
construisent à travers la gestion quotidienne du lieu (a), l’aménagement des
infrastructures (b) et les projets de convivialité (c).
a) La gestion quotidienne du lieu de vie
La gestion quotidienne du lieu de vie englobe l’approvisionnement en nourriture
des habitants, la confection des repas et l’entretien du bâtiment.
L’approvisionnement des habitants
L’approvisionnement des habitants est basé sur les principes de l’autogestion et de
la collectivisation. Chaque famille amène sa pierre à l’édifice en ramenant les colis
alimentaires dont elles bénéficient pour les mettre à disposition de tous. En outre, tous
les habitants participent à tour de rôle à des récupérations d’invendus chez divers
commerçants. Plusieurs associations nous fournissent aussi de l'aide alimentaire. Enfin,
nous allons bientôt mettre en place un système de S.E.L. (échanges de services contre
fruits et légumes) avec des maraîchers voulant soutenir le Centre social autogéré.
La confection des repas
Le CREA a aménagé une cuisine collective accessible à tous. Les repas ne peuvent
pour des raisons de sécurité être confectionnés dans d’autres parties du bâtiment. Les
repas sont préparés par les habitants, consommés individuellement ou collectivement, mais
donnent lieu, le plus souvent possible, à des moments de partage et de convivialité.
L’entretien du lieu de vie
L’ensemble des espaces communs sont nettoyés chaque jour. Les équipes sont
constituées d’un ou plusieurs membres des familles ainsi que d’une personne du collectif.
Une charte de l’entretien des lieux a été rédigée dans les différentes langues et chacun
veille au respect de celle-ci. Lors des repas communs et des divers évènements, les espaces
sont entretenus par toutes les personnes impliquées.
b) L’aménagement
A notre arrivée, le bâtiment n’était qu’un complexe de bureaux, vide. Pour le bien-
être et l’épanouissement de tous, des espaces ont dû être créés, aménagés et meublés par la
collectivité des habitants. Des récupérations ont été faîtes auprès d’associations, de
connaissances et du voisinage.
Tout d’abord, une salle de bains (douches, lavabos) et une cuisine collective (évier,
table de travail) ont été rapidement créées par les habitants.
Ensuite, pour le bien être et l’épanouissement des enfants et des familles, nous
avons créé une salle de cours, une ludothèque-médiathèque, une bibliothèque
multiculturelle, une friperie, une zone de gratuité et une salle de couture.
Dans la cour intérieure de l'immeuble, nous avons dépavé pour aménager un jardin
partagé, comprenant un potager et un espace floral. Il nous semble important de
reprendre goût à l’autoproduction, au plaisir de jardiner et de nous réapproprier les
savoirs fondamentaux qui permettent de cultiver la terre pour se nourrir.
Dans cette cour, une petite piscine gonflable est désormais à la disposition des
enfants. Deux pièces attenantes ont été aménagées en salle de classe et en salle de cinéma.
Du mobilier a été réalisé lors des ateliers menuiseries. Nous avons construit des
sommiers, étagères, table de chevet, clôture pour le potager... Les douches du bâtiment
ont été installées par nos soins avec l'aides des familles, grâce à la récupération de bacs
de douche et de ballons d’eau chaude électrique. L’atelier couture permet désormais de
fabriquer des rideaux pour les appartements qui en sont dépourvus. Le salon internet
permet d'écrire des tracts, de traduire des textes, de communiquer par mail ou de mettre à
jour notre blog. Un studio d’enregistrement est en cours d’installation.
c) La convivialité
Au sein du centre social, des projets sont élaborés pour développer la convivialité
entre les habitants et le voisinage.
En partenariat avec le Groupement pour la Défense du Travail social (G.P.S.) et
dans le but de faire connaître le CSA et ses activités, nous organisons chaque jeudi soir à
partir de 18h « Les Jeudis de la Solidarité ». Ce sont des soirées ouvertes à tous servant à
créer du lien social dans le quartier. Nous présentons alors un petit spectacle (concert,
projection, pièce de théâtre, spectacle de marionnettes...), suivi d’un repas sous forme
d’auberge espagnole (chacun amène ce qu’il veut). Ces soirées permettent également aux
habitants d’alimenter la caisse de solidarité grâce à la participation libre de chacun.
Des activités sont organisées pour renforcer la convivialité entre les membres du-
CREA et les familles. Depuis l’ouverture, certaines activités ont été mises en place : repas
commun (barbecue, repas cuisines du monde), visites au Musée d’histoire naturelle et au
Jardin des Plantes, sortie baignade et pique-nique à Clermont le Fort. Dans l’avenir,
d’autres projets sont déjà prévus : un camp nature « Tipi-Chevaux » de 10 jours au mois de
juillet 2011, avec les familles et membres du collectif, la mise en place du Projet « Grands
parents de cœur » qui permettra à des personnes retraitées ayant du temps, de l’affection
et des savoirs à transmettre, de s'investir auprès des enfants.
▶ Les activités en direction du quartier et de la ville
Le CREA met à la disposition des locaux pour organiser des ateliers et des
permanences nécessaires au bien vivre des habitants et des riverains. Ces lieux sont
autogérés par les organisateurs de ces ateliers et les participants.
Les ateliers
A ce jour, les habitants et des personnes investies ont déjà mis en place des cours de
boxe et de danse, des cours d’alphabétisation, du soutien scolaire, des ateliers jardinage,
conte et écriture, peinture, ciné-club..
Le CREA met à disposition gratuitement tout le 5 ème étage pour toute personne,
habitante ou non, afin d’y organiser des activités diverses et variées sur la base de la
gratuité, de l'antiracisme et de l'antisexisme. Cet espace est lui-aussi autogéré par les
organisateurs et les participants dans le respect de la vie des familles et des membres du
collectif.
Les permanences
Des permanences sont organisées pour fournir des outils gratuits à tous les
habitants et aux riverains du quartier. A ce jour, une permanence juridique est déjà mise
en place au sein de laquelle les familles ou toute autre personne peuvent avoir une
première analyse juridique sur leur situation et être orientées vers les bons
interlocuteurs (CIMADE, avocats spécialisés...). Prochainement, une permanence de santé
(médecins, psychologues) sera mise en place avec nos partenaires.

 

La solidarité comme principale force

 

Le collectif est composé de dix membres, il prend ses décisions en recherchant le
consensus et l'unanimité. Chacun d’entre nous est responsable et acteur du projet et la
plupart habitent au centre social. Nous fonctionnons en autogestion, les familles et
nous-mêmes participons donc à la vie et à l'organisation du lieu sans intervention de
l’Etat et en cherchant à faire reculer les rapports autoritaires et individualistes.
Des sympathisants nous aident à accomplir bénévolement les travaux, les activités
(cours d’alphabétisation, boxe...), la récupération de nourriture, de meubles... Des membres
du collectif sont par ailleurs charpentier, plombier, cuisinier, juriste...
Comme de nombreuses familles ne parlent pas français ni anglais, nous avons réuni
un réseau de traducteurs. Ils présentent le projet aux familles afin qu’elles acceptent ou
non d’en faire partie puis ils participent aux réunions de vie quotidienne avec tous les
habitants, viennent aider dans les démarches administratives (convocation à la
préfecture, dossier à remplir...) ou simplement aider à la compréhension.
A travers la lutte du GPS, nous avons pu rencontrer des travailleurs sociaux qui
nous soutiennent et nous aident dans les démarches administratives, dans les activités...
Des étudiants des beaux arts nous confectionnent banderoles et autres affiches. De
l'ameublement, de la literie, des habits et des matériaux nous ont été donnés par Emmaüs,
la Maison du bois, des sympathisants ou des riverains.
Nos ressources alimentaires sont obtenues par le biais d’associations et de
collectifs: l’association Olympe de Gouje qui vient en aide aux femmes, les associations
Vivre mieux et Générations Spontanées contre le racisme et l'islamophobie ainsi que
différents commerçants du quartier (boulangeries, épiceries...).
Plusieurs activités culturelles sont dispensées par des professionnels ou des
étudiants (alphabétisation, activités sportives, peinture, ciné-club...) et des associations
telles que Tous les Mêmes ou la Coopérative d’éducation populaire Le Vent debout ou TV
Bruits.
Le relais santé et social est assuré par des coopérations avec la Case de Santé
d'Arnaud Bernard ( centre de santé communautaire), Psychologues du monde, le Réseau
Education Sans Frontières (RESF), la CIMADE, l'Utam d'Empalot, l'Office Français pour
l’Immigration et l’intégration...
Nous bénéficions aussi de soutiens médiatiques de la part de journalistes régionaux
(La Dépêche du Midi, 20 minutes Toulouse,...) et nationaux (Libération, L'Humanité) ou
d'organisations comme Reporters Sans Frontière ou la Ligue des Droits de l'Homme.
Différents réseaux de lutte nous manifestent aussi leurs soutiens et nous
apportent des aides ponctuelles ( l'Envolée, l'Imprimerie 34, Pavillon Noir, Samba Résille, la
Confédération Nationale du Travail, Alternative Libertaire, Act up...)

 

L'émancipation collective comme perspective.

 

Le centre social autogéré est un essai, une expérience de réappropriation qui ouvre
des perspectives pour faire face à l’extension de la misère. Nous voulons aider celles et
ceux que notre démarche inspire à se former en collectifs, à ouvrir de nouveaux lieux et à
tisser un réseau de résistances et de solidarités qui se renforcent et préparent, ici et
maintenant, les bases d’une société égalitaire et libertaire.